C'est officiel (et inoui): les tweets seront désormais censurés en France →
As we continue to grow internationally, we will enter countries that have different ideas about the contours of freedom of expression. Some differ so much from our ideas that we will not be able to exist there. Others are similar but, for historical or cultural reasons, restrict certain types of content, such as France or Germany, which ban pro-Nazi content.
(Twitter, sur son blog)
C’est un revirement majeur pour Twitter, qui avait affirmé sa détermination, il y un an, à résister toute entrave à la liberté d’informer sur son réseau, au moment des événements du printemps arabe.
Sciences-po: @rdescoings fait-il du sous-Bourdieu? →
[…] une attaque contre la culture comme moyen de reproduction sociale, dans un fumet à la Bourdieu, dont le simplisme aurait mis en colère son auteur même.
Bien vu. Cet homme, avec son mélange d’apparente cupidité et de dédain pour les vertus du système qui l’a placé où il est, n’est que très médiocrement bourdivin.
Le vol de @nadine_morano autour d’un nid de gyrophares
Du camion de laitier embouti par Valéry Giscard d’Estaing au piéton que le convoi de Nadine Morano a envoyé à l’hôpital, dans le coma, voici quelques jours, il y a une gradation qui mérite peut-être qu’on y réfléchisse au-delà de l’accumulation des boulettes de ce ministre qui semble décidément porter la poisse à M. Sarkozy.
En Angleterre même la Reine ne se déplace jamais de la manière des convois officiels français, toutes sirènes hurlantes et motards sifflets au bec. Il est vrai que le très francophile Tony Blair avait introduit cette pratique dans son pays, mais même dans son cas, le scandale s’était limité à l’utilisation, par son convoi, d’une file réservée aux bus.
Le Parisien, lui, est habitué au passage de ces convois roulant à toute vitesse et presque toujours au mépris de toutes les règles de la circulation, voire de la plus élémentaire prudence. Les chauffeurs affectés aux cabinets ministériels m’ont raconté la formation qu’ils reçoivent censée leur permettre de rouler ainsi sans compromettre la sécurité de leurs passagers et des personnes qui croisent leur route. Et de fait, les accidents sont plutôt rares, même si tous n’ont pas les honneurs du Canard enchaîné: n’est pas Mme Morano qui veut, surtout que le convoi en question avait dans un premier temps été présenté, — dans l’espoir évident d’étouffer l’affaire, — comme un « convoi judiciaire ».
Pour autant, si les Français savaient par qui ces convois sont utilisés, et surtout pour quel usage, je crois qu’un débat salutaire surgirait autour de cette pratique assez scandaleuse. Il m’est souvent arrivé, voyageant à bord de voitures officielles avec de simples membres de cabinets ministériels, de voir ces derniers plaquer d’office un gyrophare sur le toit, — tout en rabattant la plaquette lumineuse « POLICE » contre le pare-brise, — et jouer aux apprentis zorros alors que ni leurs fonctions, ni la nature du déplacement, ni l’urgence ne le justifiaient. Certains allaient jusqu’à utiliser ces dispositifs pour leurs déplacements personnels.
Ces écarts, survenant à la fin du second mandat de Jacques Chirac qui avait été mieux inspiré lors de la première cohabitation (je crois savoir qu’il avait alors demandé à ses ministres, justement, de ne pas utiliser le gyrophare), ne sont pas grand chose à côté de ce que sont devenus les convois sous celui de Nicolas Sarkozy. Simple ministre de l’Intérieur, ce dernier ne sortait pas de la place Beauvau sans un convoi de plusieurs dizaines de voitures, sirènes hurlantes, à la stupéfaction d’un voisinage qui en avait pourtant vu d’autres. Le faubourg Saint-Honoré, où j’habitais alors, était régulièrement totalement bloqué par ces gamineries.
Autre pratique frisant le grotesque, le goût des membres du Gouvernement et de leurs entourages pour les voyages en avion, même lorsqu’ils représentent une absurdité logistique. Ainsi le Canard enchaîné nous apprend que Mme Morano se rendait… à Toul:
A peine le temps de monter et de descendre. En TGV, Nancy est à une heure et demie mais un aéronef siglé République française, c’est beaucoup plus classe.
Je me souviens de la visite en province — à moins de deux cents kilomètres de Paris ! — que m’avait racontée un collègue, du Premier ministre accompagné d’un autre membre du Gouvernement (à l’époque, on était en chiraquie et le président de la République ne faisait pas encore tout). Ils étaient partis en voiture et ils étaient revenus en avion en oubliant d’ailleurs mon camarade sur place, si bien qu’il a dû se résoudre à rentrer tout seul avec le convoi des voitures. Comme il était agacé, il est monté dans la voiture du Premier ministre, pour voir quel effet cela faisait. Au début, me disait-il, on est bien : on se sent un peu PM:
Puis j’ai allumé la radio et je me suis rendu compte qu’il n’y avait que de mauvaises nouvelles, du point du vue du PM. Cela m’a rafraichi. Puis nous sommes arrivés à Matignon, presque au même moment que les passagers de l’avion, si bien que les huissiers ont été un peu surpris de me voir arriver escorté de motards.
Il y a donc encore des bouffeurs de curés au PS?
J’ai lu hier soir une stupéfiante interview de Jean Glavany dans le Journal du dimanche, dans laquelle ce vieux baron de la gauche semblait nous transporter à une époque que je croyais révolue depuis longtemps:
[JDD] Comment le pouvoir contourne-t-il cette loi?
[J. Glavany] Par toutes sortes d’artifices, qui font que l’Etat continue à privilégier certaines religions par rapport à d’autres. Je pense bien sûr à la religion catholique. En termes fiscaux notamment : une loi sur le mécénat de 1987 a mis par exemple fin à la laïcité fiscale. Celle-ci prévoit de déduire de ses impôts les dons faits aux cultes. C’est donc un détournement de la loi de 1905. Il ne nous semble donc pas inutile de sanctuariser ces articles, de sorte qu’on ne soit plus dans ces contournements permanents.[JDD] Avec cette inscription, il n’y aurait donc plus aucune subvention des cultes?
[J. Glavany] On serait beaucoup plus rigoureux. On ne salarierait ni subventionnerait plus aucun culte. Mais les rénovations de lieux sacrés classés monuments historiques seront toujours possibles.
Vouloir rouvrir le sujet du statut de l’Alsace-Moselle, c’est déjà assez surprenant dans le contexte d’une élection présidentielle, où l’on cherche à rassembler. Faire de la question à peine plus large de la place de la loi de 1905 dans notre ordonnancement juridique un des cinq thèmes fondateurs de la campagne du candidat, c’est nettement plus ennuyeux.
Pourtant, indépendamment du sujet de la « laïcité » (qu’il conviendrait plutôt d’appeler par son vrai nom: anticatholicisme), il y a surtout la question de ces incessantes révisions constitutionnelles. Avant la révision de 1992, elles étaient réservées aux situations exceptionnelles, ou alors purement techniques comme celle de 1976 qui fixa notamment à cinq cents le nombre des parrainages requis pour être candidat à la présidence de la République. Maintenant, on en est arrivé au point où chaque président de la République se sent mandaté pour effectuer “sa” révision. J’espérais vraiment que cette très mauvaise tendance, commencée sous Jacques Chirac et sensiblement amplifiée par Nicolas Sarkozy, cesserait avec François Hollande, que j’imagine avoir plus de sens de l’Etat que les deux précédents. Mais en fait, non: il est donc fort possible que si elle gagne cette année, la gauche dispose d’une majorité suffisante au Parlement pour adopter des révisions constitutionnelles, ce qui n’avait pas été le cas,précédemment, depuis 1958.
Les magistrats et les autres avocats sont pétrifiés quand ils le voient. […] Ce qui me frappe, c’est son enthousiasme et sa liberté par rapport à ses anciennes fonctions. Notamment celle de ministre de l’intérieur. Et c’est vrai que le parquet n’est pas le même quand Joxe est là. Il ose tout remettre en cause. Y compris parfois le comportement de la police.
Les Anonymous vont certainement faire remonter le niveau du compte Twitter du ministre “chargé” de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle.
Astorg: le retour
Malheur aux politiques qui ne connaissent pas le prix des beaux-arts! La terre est couverte de nations aussi puissantes que nous. D’où vient cependant que nous les regardons presque toutes avec peu d’estime? C’est par la raison qu’on méprise dans la société un homme riche dont l’esprit est sans goût et sans culture. Surtout ne croyez pas que cet empire de l’esprit, et cet honneur d’être le modèle des autres peuples, soit une gloire frivole: ce sont les marques infaillibles de la grandeur d’un peuple.
(Voltaire, épître dédicatoire à M. Falkener, anglais, de Zaïre, 1733)
Vers la fin du mois de juin 2008, le blog d’Astorg s’est fait hara-kiri. Trois ans d’articles consignés sur des sujets divers, liés essentiellement à la vie politique et culturelle parisienne, furent supprimés tant de la toile que des moteurs de recherche, suscitant la furie de ses nombreux lecteurs et abonnés. Le contexte nouveau né de l’élection présidentielle de 2007 était passé par là, et Astorg partit exercer sa curiosité sur d’autres rivages, où il n’a pas perdu son temps.
De retour en France depuis peu, Astorg commentera à nouveau, désormais, l’actualité de la Ville-Lumière, avec laquelle il n’a jamais perdu prise. Il alternera dans un premier temps observations sur les événements du microcosme culturel, dont il connaît tous les acteurs, et rétrospective, — sous forme de confidences, — sur les cinq années passées, de la campagne présidentielle de 2007 à celle de 2012. Ce sera, plus encore que dans sa première mouture, le blog d’un insider devenu outsider mais qui espère rester fidèle à la vision de la politique culturelle qui fut la sienne depuis le début: l’alliance du patrimoine et de la création, et la nécessité, — parce que nous sommes en France, — pour l’État de de donner un cadre, dans le respect de la liberté absolue de créer et d’innover, à la vie culturelle de nos concitoyens.
