Les pouvoirs publics feraient bien de s’inspirer de l’accord entre l’INA et Google signé par Mathieu Gallet
L’INA pactise avec Youtube
Le titre choisi par le redoutable Emmanuel Berretta pour rendre compte, dans Le Point, de l’accord entre l’Institut national de l’audiovisuel et Google pour la diffusion, sur Youtube, de 57.000 vidéos issues du fonds de l’INA, est révélateur. Pour le secteur français de la culture et des médias, je l’ai appris à mes dépens, les Anglo-Saxons en général et l’Amérique en particulier, c’est forcément le diable, — même, consciemment ou pas, pour le fin observateur qu’est M. Berretta, — en face duquel il n’y a qu’un seul réflexe à adopter, celui du village d’Astérix niant la réalité, chaque jour plus visible, du village global.
Je sais de source sûre que la tutelle de Mathieu Gallet, le jeune président de l’INA qui s’est beaucoup investi dans la conclusion de cet accord, ne l’a pas vraiment encouragé dans ce qu’elle s’obstine à percevoir comme une compromission indigne de la patrie de Beaumarchais. Ses homologues des autres établissements culturels ont même laisser filtrer sans trop le cacher leur scepticisme.
Et de fait, depuis dix ans, le réflexe des pouvoirs publics français, à chaque avancée technologique rapprochant l’information du citoyen, a été à chaque fois défensif. Des gouvernements de Jacques Chirac qui agitaient l’exception culturelle européenne pour mener une politique protectionniste qui taisait mal son nom à Nicolas Sarkozy, qui assume pleinement une politique culturelle agressivement répressive, incarnée par la ridicule loi HADOPI et un ministre de la Culture, — celui-là même auquel on a tant reproché la nomination de Mathieu Gallet, — totalement aux ordres de la entertainment industry.
Il n’est même pas sûr que ça s’arrange en cas d’alternance, cet été : l’entourage du candidat François Hollande, ne manifeste pas beaucoup moins de méfiance envers les grands acteurs du web : le stupide réflexe protectionniste qui, au fond, a guidé non seulement toute la « politique » culturelle de Nicolas Sarkozy mais aussi sa politique économique, n’est donc pas près de disparaître des écrans radar.
C’est d’autant plus dommage que l’équipe de campagne du candidat socialiste est quand même plus sacrément geek que celle du sortant. En cas d’alternance, en tout cas, la dynamique créée par l’accord INA-Google sera à peu près la seule avancée culturelle du quinquennat qui s’achève.