Emmanuelle Mignon et Sébastien Proto ne sauveront pas le soldat Sarkozy

Il faut être honnête : le programme présenté cet après-midi par Nicolas Sarkozy, — programme de droite libérale classique, à tonalité résolument rassembleuse, — est le résultat d’un travail écrasant, réalisé dans des conditions autrement difficiles qu’entre 2005 et 2007 puisque alors que le candidat avait alors disposé de deux ans et d’une équipe nombreuse, il lui a fallu cette fois se contenter, faute d’y avoir réfléchi plus tôt, sur deux mois seulement, d’une poignées de volontaires, organisés autour d’Emmanuelle Mignon et de Sébastien Proto.

Disons-le d’emblée : cette gageure réussie ne compensera pas le bilan calamiteux du sortant et ne renversera pas le rejet massif dont il fait l’objet de la part des Français. Mais il met en relief ce qu’aurait pu être le quinquennat de Nicolas Sarkozy, si la totalité du pouvoir n’avait pas été accaparée, dès ses premiers jours, par le duo formé de Claude Guéant, — un flic au style pétainiste sans aucune compétence sur les sujets autres que policiers, — et Henri Guaino, — un rêveur assoiffé de reconnaissance sociale et professionnelle depuis qu’il a raté trois l’ENA. Cet putsch qui a vu les mêmes Sébastien Proto et Emmanuelle Mignon (cette dernière symboliquement chassée par Guaino de son bureau jouxtant celui du président de la République, au premier étage du palais de l’Elysée, et reléguée dans les combles) écartés, comme tous ceux qui avaient le moindre talent, du processus de prise de décision…

Tout cela fait rêver à ce qu’aurait pu être le mandat de Nicolas Sarkozy si, au lieu du Fouquet’s, de « Casse-toi pôv con », du mépris du latin et de La Princesse de Clèves, du discours de Dakar et de la médiocrité dans la gestion de dette, de la stigmatisation des étrangers et de l’improvisation institutionnelle, — si, au lieu de tout cela, il y avait eu autre chose  la politique résolument moderne, modérée et libérale que les plus lucides des électeurs de M. Sarkozy, en 2007, attendaient.

Oui, il faut être honnête, — car Emmanuelle Mignon et Sébastien Proto qui, pour être brillants, ne sont pas rancuniers, ont donné une fois de plus le meilleur d’eux-mêmes, — et il est toujours doux de rêver, mais rien ne pourra défaire le désastre que constitue le quinquennat qui s’achève : M. Sarkozy ne mérite pas que lui soient renouvelées les voix de ceux qu’il a trahis, tous les jours, depuis cinq ans.